L'Encyclopédie des sciences de l'organisation : 100 ans de théories pour (tenter de) comprendre comment les humains s'organisent.

 - S'INSCRIRESE CONNECTER -

Pragas, un film d'Armelle Giglio

À Recife, dans le nord-est du Brésil, le manque d'eau potable et d'assainissement attire les rats, les cafards, les scorpions et les moustiques. Avec ses collègues du district de santé VI, Rivanildo s’efforce de contenir cette prolifération.

Recife au Brésil et le combat sans fin d'un exterminateur de rats, cafards, scorpions et moustiques.

À Recife, dans le nord-est du Brésil, le manque d'eau potable et d'assainissement attire les rats, les cafards, les scorpions et les moustiques. Avec ses collègues du district de santé VI, Rivanildo s’efforce de contenir cette prolifération. Armé d'une poche et d'un pulvérisateur, il se bat sans relâche contre les épidémies qui projettent trop de venin. Nous l'accompagnons dans cette bataille perdue, visitant des quartiers marqués par de profondes inégalités socio-spatiales.
Notre avis:
Fidèle à sa méthode – voir Nice, bonne au Brésil -, la réalisatrice pose sa caméra au plus près des acteurs. Ici il s'agit d'agents dévoués à la salubrité du district VI de Recife, lesquels mènent une guerre sans fin à toutes sortes de nuisibles (pragas) tels que les rats, les moustiques, les scorpions, les cafards ou les termites qui dévorent les bois dont sont souvent en partie faites les maisons dans les quartiers pauvres.

Pour nettoyer le secteur, les agents du district IV déversent des tonnes de "poisons" dans tous les endroits où peuvent se cacher et prospérer ces nuisibles, dans les égouts, au creux des murs, à l’intérieur des maisons tout autant qu’à l’extérieur et dans les petites réserves d'eau privées destinées à la consommation.

Le film vous entraîne dans le sillon des équipes du district, des équipes dotées d'une bonne volonté remarquable. Rivanildo, le personnage principal - un agent qui traque tout spécialement les rats - est formidable d'obstination et d'optimisme. La réalisatrice le suit pas à pas, se penchant avec lui sur les égouts, traquant la trace du nuisible avec sa caméra, … et se bouchant le nez en même temps que lui quand l’odeur est repoussante.

Le tourbillon de produits chimiques distribués finit par donner une sorte de nausée au spectateur qui comprend la logique déconcertante de cette politique sanitaire ubuesque : il est évident qu’il faut lutter contre les rats qui rentrent dans les maisons et contre les moustiques qui distribuent potentiellement la dingue, et c'est pour cela que des régiments de distributeurs de poisons ont été mis en place. Mais au fur et à mesure que le film avance, on comprend que tous les produits chimiques déversés ne viendront jamais à bout de l'envahissement des nuisibles, et qu'il est même peu probable qu'ils arriveront simplement à contenir leur multiplication. La dernière séquence est désespérante quand on comprend que tout cela se déverse plus ou moins dans la mer, pas loin des plages.
Et il semble bien, qu'à part Rivanildo et ses collègues, personne ne s'en préoccupe vraiment.


Armelle Giglio-Jacquemot est anthropologue, enseignante-chercheuse à l’Université de Poitiers et chercheuse à MIGRINTER.

Après des études d’ethnologie à l’Université d’Aix-Marseille I où elle a soutenu sa thèse de doctorat sous la direction de Jean Benoist, elle a fait un post-doctorat en anthropologie au Brésil, à l’Universidade Estadual Paulista (UNESP) avec une bourse de la Fundação de Amparo à Pesquisa do Estado de São Paulo (FAPESP).

Pour l’essentiel, ses travaux de recherche s’inscrivent dans le champ de l’anthropologie de la maladie et de la santé et ses terrains sont brésiliens. Ses préoccupations initiales pour l’imbrication intime du médical et du religieux l’ont d’abord conduite à s’intéresser aux univers religio-thérapeutiques, et notamment à l’umbanda qu’elle a étudiée dans la ville et l’état de São Paulo. Puis son intérêt s’est déplacé vers des médecines explicitement non religieuses : la biomédecine dont elle a investigué la notion et les services d’urgence à partir de terrains réalisés à Marília (Etat de São Paulo) et à São Paulo ; et l’homéopathie qu’elle étudie au Brésil dans le cadre d’une problématique axée sur la diffusion et l’ajustement des médecines dans le contexte de la globalisation.

Deux nouvelles recherches sont venues récemment enrichir le champ de ses intérêts. L’une, qu’elle mène en collaboration avec le sociologue Aziz Jellab et qui trouve son impulsion initiale dans sa participation comme jurée à une session de la cour d’assises du Nord en 2008, se penche sur l’expérience des jurés d’assises, ses enjeux sociaux et subjectifs ; l’autre, réalisée dans le cadre du programme de recherche franco-brésilien Coqueiral (projet ANR Changements Environnementaux Planétaires et Sociétés), se centre sur les pratiques, usages et représentations de l’eau à Recife, ville côtière du Nordeste du Brésil confrontée à une dégradation croissance de ses ressources en eau.

Tournés vers la multidisciplinarité et l’interdisciplinarité, ses travaux impliquent l’échange et la collaboration avec différentes disciplines des Sciences de la planète, de la matière et de la vie (sciences médicales, hydrogéologie, hydrochimie) comme avec d’autres disciplines des Sciences sociales et humaines (sociologie, droit, géographie, sciences politiques). Associant le recours à l’image, animée et fixe, comme outil de recherche et comme moyen de divulgation et de dissémination des résultats, ils conduisent également au dialogue avec des spécialistes et professionnels de l’audiovisuel scientifique et de création comme à la réflexion sur le statut et le rôle de la vidéo et de la photographie dans la recherche scientifique.



Quelques publications :

« Multi-layered water resources, management, and uses under the impacts of global changes in a southern coastal metropolis : When will it be already too late ? Crossed analysis in Recife, NE Brazil. » Science of the Total Environment [En ligne], Elsevier, 2017, URL : https://doi.org/10.1016/j.scitotenv.2017.07.228 (en collaboration avec Emmanuelle Pételet-Giraud, Lise Cary, Paul Cary, Guillaume Bertrand, et al.).

« Faire face au manque d’eau à Recife : les leçons d’une métropole brésilienne », Métropolitiques [En ligne], 2016, le 24/11, URL : http://www.metropolitiques.eu/Faire-face-au-manque-d-eau-a.html (en collaboration avec Paul Cary et Ana Melo).

« Vivre avec la pénurie d’eau à Recife. Déni public, alternatives privées », Espace populations sociétés [En ligne], 2014/2-3, 2015. URL : http://eps.revues.org/5824 (en collaboration avec Paul Cary, Tadeu Giglio, Ana Melo).



Ajouter au panier